À Gironde-sur-Dropt, entrer chez Storme-Pruvost, c’est découvrir bien davantage qu’un atelier de fabrication de carreaux en terre cuite.

C’est entrer dans un lieu où plusieurs époques de l’histoire de la terre cuite se côtoient : les gestes artisanaux, les moules en bois, un ancien four datant du XVIIe siècle conservé comme témoin du patrimoine, mais également un nouvel équipement de cuisson pensé pour réduire fortement la consommation énergétique.

Cette rencontre entre patrimoine et innovation raconte assez bien l’histoire de l’entreprise : conserver ce qui fait l’identité du Carreau de Gironde, tout en faisant évoluer l’outil de production pour permettre à ce savoir-faire de continuer à vivre.

Une histoire que Storme-Pruvost propose également de découvrir lors de visites de la fabrique organisées pour les groupes.

Un patrimoine de la terre cuite à Gironde-sur-Dropt

La fabrication de terre cuite est profondément liée à l’histoire de Gironde-sur-Dropt et de la vallée du Dropt.

Le site actuel de la tuilerie remonte à 1850. L’argile disponible localement y était utilisée pour produire des tuiles et des dalles. La commune elle-même considère aujourd’hui les Carreaux de Gironde comme faisant partie de son patrimoine industriel. 

La fabrication conserve encore aujourd’hui une relation particulièrement forte avec cette matière première.

L’argile est extraite localement, puis préparée, malaxée, moulée, séchée et enfin cuite à plus de 1 000 °C. Une partie de la production a été mécanisée au fil du temps, tandis que les formats traditionnels et certaines réalisations spécifiques continuent à faire appel au façonnage manuel et aux moules en bois. 

Storme-Pruvost précise par ailleurs travailler avec de l’argile et de l’eau, sans additifs

Mais pour comprendre ce que représente réellement ce métier, rien ne remplace la découverte de la fabrique elle-même.

Visiter la fabrique des Carreaux de Gironde

Storme-Pruvost ouvre ainsi les portes de son univers à des groupes souhaitant découvrir l’histoire et la fabrication de ces terres cuites traditionnelles.

Les visites peuvent être organisées le jeudi ou le vendredi matin à 9 h 30, pour des groupes pouvant aller jusqu’à 30 personnes.

Le tarif est de 7 € par personne.

Durant cette rencontre, l’entreprise présente son histoire, son activité et le savoir-faire nécessaire à la réalisation des Carreaux de Gironde.

C’est l’occasion de comprendre qu’entre la terre extraite et le carreau finalement posé dans une maison, un château ou un monument historique, de nombreuses étapes sont nécessaires.

La visite permet surtout de replacer les produits dans leur contexte : celui d’un métier où la connaissance de la terre, du séchage et de la cuisson demeure essentielle.

Des groupes avaient déjà pu découvrir la fabrique par le passé : le Touring Pédestre Bordelais relate par exemple une visite de 35 personnes en 2015, consacrée pendant plusieurs heures à la découverte de l’entreprise familiale et de son métier. 

Le vieux four du XVIIe siècle, témoin d’une autre époque

L’un des éléments les plus singuliers à découvrir lors de la visite est le vieux four datant du XVIIe siècle.

Il ne constitue plus le four de production actuel. Il est aujourd’hui conservé comme une véritable pièce de musée, témoin des méthodes et des installations qui ont accompagné l’histoire de la terre cuite.

Sa présence donne une dimension particulière à la visite.

Un four ancien permet en effet de mesurer très concrètement le chemin parcouru entre les premières méthodes de cuisson et les équipements actuels.

Car la cuisson constitue depuis toujours l’un des moments décisifs de la fabrication d’une terre cuite.

Après le façonnage et le séchage vient le feu. C’est lui qui transforme définitivement l’argile et donne au carreau ses propriétés et une partie de ses nuances.

Mais ce qui constituait historiquement le cœur du métier est également devenu, à notre époque, l’un de ses principaux défis économiques : l’énergie nécessaire à la cuisson.

Le feu, indispensable à la terre cuite… mais particulièrement énergivore

La crise énergétique de 2022 a brutalement rappelé cette réalité.

La cuisson représente une part importante de la consommation énergétique d’une fabrique de terre cuite et l’augmentation du prix du gaz a fortement fragilisé l’activité.

La situation était suffisamment sérieuse pour remettre en question la viabilité de l’entreprise.

La Chambre de Métiers et de l’Artisanat Nouvelle-Aquitaine est alors intervenue afin de réaliser un diagnostic énergétique et d’étudier différentes possibilités : sources d’énergie, optimisation des processus et meilleure régulation des températures de cuisson. 

L’objectif n’était pas de transformer la nature du produit.

Il fallait au contraire trouver comment continuer à fabriquer une terre cuite traditionnelle avec un outil de production adapté aux contraintes énergétiques contemporaines.

Un nouveau four en aluminium pour consommer 40 % de gaz en moins

Cette réflexion a notamment conduit au remplacement de l’ancien équipement de production par un nouveau four en aluminium, beaucoup plus performant énergétiquement.

Selon les données communiquées par l’entreprise, ce nouvel équipement permet de viser une réduction d’environ 40 % de la consommation de gaz.

Cette évolution est considérable pour une activité dans laquelle la cuisson est incontournable.

Elle illustre également une idée essentielle : moderniser une manufacture traditionnelle ne signifie pas nécessairement industrialiser son produit.

Les carreaux peuvent continuer à être façonnés selon les méthodes qui font leur identité, tandis que l’outil chargé de leur cuisson devient plus précis et moins énergivore.

Le savoir-faire reste dans la connaissance de la matière et dans la main de l’homme ; la technologie intervient pour rendre sa pérennité économiquement et énergétiquement possible.

75 000 euros d’aide pour préserver un savoir-faire

L’investissement nécessaire à cette transformation représentait cependant un enjeu important pour une entreprise artisanale.

L’accompagnement de la CMA Nouvelle-Aquitaine a permis de structurer le projet et de rechercher des solutions de financement.

Avec la mobilisation des aides européennes du GAL LEADER par le territoire du Réolais, Storme-Pruvost a obtenu 75 000 euros pour contribuer au financement de son projet de modernisation

Lire l’article de la CMA Nouvelle-Aquitaine consacré aux Carreaux de Gironde

Au-delà du seul investissement matériel, l’enjeu était celui de la préservation d’une activité devenue rare.

La modernisation du four permet de réduire les consommations et de mieux maîtriser la cuisson sans renoncer à l’identité artisanale de la production.

De l’ancien four au nouveau : trois siècles racontés par le feu

C’est probablement l’un des aspects les plus intéressants de la visite de Storme-Pruvost.

D’un côté, un four du XVIIe siècle, aujourd’hui préservé comme une pièce patrimoniale.

De l’autre, un équipement de nouvelle génération conçu pour consommer beaucoup moins d’énergie.

Entre les deux se trouve finalement toute l’histoire de la fabrique.

Les outils changent. Les contraintes économiques évoluent. Les fours deviennent plus performants. Pourtant, la matière première et certains gestes restent étonnamment proches de ceux des générations précédentes.

La CMA souligne d’ailleurs que certains formats traditionnels ou sur mesure sont toujours façonnés à la main, notamment pour répondre aux exigences de bâtiments historiques. 

Cette capacité a permis aux Carreaux de Gironde de retrouver leur place sur des sites patrimoniaux prestigieux, parmi lesquels le phare de Cordouan, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, ainsi que dans de grandes propriétés viticoles du Médoc comme le Château Lafite Rothschild. 

Une visite accessible aux personnes en situation de handicap et aux groupes en autocar

La découverte de la fabrique a également été pensée pour accueillir différents publics.

L’accès est possible aux personnes en situation de handicap, afin de permettre au plus grand nombre de découvrir l’entreprise et son patrimoine.

Les groupes organisés peuvent également venir en bus ou en autocar, avec des possibilités de stationnement adaptées à proximité de la fabrique.

Cette configuration rend notamment la visite intéressante pour les associations, clubs, groupes touristiques, groupes de seniors ou structures souhaitant intégrer la découverte d’un savoir-faire local à un parcours dans le Sud-Gironde et l’Entre-deux-Mers.

Informations pratiques pour visiter les Carreaux de Gironde

Les visites de groupes sont proposées le jeudi ou le vendredi matin à 9 h 30, sur réservation et pour un maximum de 30 participants, au tarif de 7 € par personne.

La fabrique Storme-Pruvost est située au 1244 Route des Tuileries, 33190 Gironde-sur-Dropt. Les coordonnées publiques de l’entreprise indiquent le 05 56 71 11 46 pour prendre contact avec la fabrique. 

Pour une visite en groupe, il est recommandé de prendre contact préalablement avec l’entreprise afin de convenir de la date et des modalités d’accueil.

Découvrir un patrimoine qui continue à vivre

Visiter Storme-Pruvost présente finalement une particularité assez rare : on ne visite pas uniquement un lieu patrimonial.

La fabrique continue à produire.

La terre continue à être travaillée. Les carreaux continuent à sécher. Les fours continuent à cuire. Des tomettes et Carreaux de Gironde continuent à quitter Gironde-sur-Dropt pour rejoindre des maisons, des propriétés viticoles et des bâtiments historiques.

La visite permet ainsi de découvrir simultanément un patrimoine ancien et une entreprise tournée vers l’avenir.

Le vieux four du XVIIe siècle raconte d’où vient ce métier. Le nouveau four, avec une consommation de gaz annoncée en baisse d’environ 40 %, raconte comment l’entreprise entend le préserver.

Entre les deux demeure l’essentiel : la terre, le feu et un savoir-faire transmis de génération en génération.